De la Normandie vers la Bretagne

La ligne qui nous préoccupe aujourd’hui relie trois radiales depuis 1879. Si aujourd’hui elle permet la liaison entre Caen et Rennes, l’objectif original était de relier les ports militaires de Cherbourg et de Brest. Elle relie les radiales Paris-Cherbourg à celle de Paris-Granville et à celle de Paris-Brest.

Son ouverture, par la Compagnie de l’Ouest, se fait en plusieurs étapes. La section de Lison à St Lô l’est en 1860. Ce sera ensuite au tour des sections Avranches-Dol et St Lô-Coutances en 1878. A Dol de Bretagne, la ligne rejoignait la radiale Paris-Brest à Lamballe.

Gare de Caen
Caen

La ligne offre des caractéristiques médiocres. Sinueuse et au profil tourmenté, elle fait 252 km entre Caen et Rennes, soit près de 60 km de plus que par la route, dont 138 km sur la section qui nous concerne. Quant à son profil, de très nombreuses rampes de 15 ‰ parsème son parcours.

Les gares desservies

La ligne dessert les gares et haltes suivantes:

Dans cette dernière gare, la ligne est rejointe par celle venant de Sottevast (et de Cherbourg)

Gare d'Avranches
Avranches

De Dol, on rejoint ensuite Rennes par la ligne Rennes-St Malo.

Elle croise d’autres lignes

En plus des radiales qu’elle relie, la ligne croise ou est rejointe par quelques petites lignes:

  • De Sottevast à Coutances
  • Vers Vire à St Lô
  • Vers Régneville à Orval
  • De Domfront à Pontaubault
  • De Vitré à Pontorson
  • Vers Modrey à Pontorson (seulement quelques années)

Quelques ouvrages d’art

  • Le viaduc de la Soulles, à Coutances
Viaduc de la Soulles à Coutances (1944)
Viaduc de la Soulles à Coutances (1944)

  • Le viaduc de Pontaubault sur la Sélune, en treillis
Viaduc sur la Sélune à Pontaubault
Viaduc sur la Sélune à Pontaubault

  • Viaduc en treillis sur le Couesnon à Pontorson
Viaduc sur le Couesnon à Pontorson
Viaduc sur le Couesnon à Pontorson

Le service assuré

Les voyageurs

Le service voyageurs avait une grille assez hétérogène. Par exemple, en 1914, circulaient les trains suivants:

  • 3 omnibus Lison-St Brieuc
  • 1 omnibus Avranches-St Brieuc
  • 6 omnibus partant de Lison, St Lô ou Folligny vers St Lô, Coutances ou Avranches

Entre les deux guerres, circulait en été deux trains de nuit entre Paris et St Malo et entre Paris et St Brieuc (3409). C’est aussi l’arrivée des autorails, qui assurent des liaisons directes sur Granville-Avranches ou Dol (et Lamballe).

En 1938, la trame des circulations ressemble à ça:

  • 2 expresse Caen-St Brieuc et Lison-St Brieuc
  • 2 omnibus Caen-Dol et Lison-Dol
  • 1 train St Lô-St Brieuc
  • 6 trains sur des trajets partiels

Après la libération, des trains express saisonniers circulaient entre Paris et Coutances, Paris et Pontorson via Folligny, et entre Cherbourg et Bordeaux. Quant aux circulations omnibus, elles concernaient les sections suivantes

  • De Caen vers Coutances, Dol ou Rennes
  • De Lison vers Folligny, Granville et Dol
  • De Coutances vers Folligny, Granville ou Dol (et Dinard)
Gare d'Airel

A partir de fin 1971, la ligne entame un lent déclin. Il ne subsistent que 2 ou 3 express (autorails) Caen-Rennes, et 3 ou 4 omnibus Lison-St Lô ou Coutances.

Au début du 21e siècle, un début de modernisation s’amorce. La section Lison-St Lô est électrifiée. Il y circule 6 Caen-St Lô, 7 Caen-Coutances et 2 Caen-Rennes.

La modernisation continue avec la mise à vois unique de la section Dol-Avranches et la mise en place d’un triangle à Folligny. Avec une grille aujourd’hui qui donne 2 Caen-Rennes via Granville, 3 Caen-Granville et 7 Caen-Coutances.

A noter autour des années 2010 (2009-2016) la circulation d’un Granville-St Malo (Transbaie) et depuis quelques années d’un Paris-Pontorson-St Michel via Folligny.

Les marchandises

La SNCF a décidé de supprimer le trafic marchandises en 1991. Seuls des envois de produits laitiers de St Lô vers l’Italie ont perduré quelques années.

La traction

La vapeur

La vapeur fut présente jusqu’à la fin des années 50. Tout ce qui pouvait se trouver dans un dépôt bas-normand a sillonné tout ou partie de cette ligne.

Du type 021 à la Pacific 231, en passant par les types 120, 220, 030, 230, 140, 141, de nombreuses séries de machines ont roulé sur les différentes sections. Machines fournies par les dépôts de Lison, Granville, Dol mais aussi de Cherbourg ou Caen.

Entre les deux guerres, les autorails apparaissent: Renault TE (sur les Cherbourg-St Brieuc), VH (centre de Cherbourg, Rennes), Micheline (Type 11).

Le diesel

Dès la fin des années 50, le diesel s’installe avec la mise en service des 040 DE (BB 63500). Puis plus tard, les A1A-A1A 68000, les BB 66400 et BB 67400 assureront l’intégralité des trains. Conjointement avec les autorails ABJ, ADP, X 2400, X 3800 puis les X 2100, X 4750 et X 4900.

Au 21eme siècle, les X 73500 et X 76500 dominent. Il y a cependant l’exception Z 27500 sur Lison-St Lô électrifiée.

Guerre et catastrophes

Toute la ligne a souffert des sabotages, bombardements et réactions allemandes lors du débarquement. De nombreuses gares durent être reconstruites après le conflit.

Des catastrophes ont marqué cette ligne:

  • Dans la nuit du 15 au 16 août 1911, le train 577 des chemins de fer de l’Etat, qui assurait la liaison entre Lison et Avranches, déraillait à l’entrée de la gare de Montviron-Sartilly : il était 0 h 41.
  • Peu avant Avranches, un train de marchandises heurte, vers 19 h, la locomotive du train de chantier de doublement de la voie, retournant Haut-Le-Pied à son dépôt. Sur une erreur du chef de gare de Montviron, cette loco avait été lancée sur la même section de ligne. Il y a trois morts et deux blessés. Nous sommes le 6 mai 1922

  • Le train voyageurs Lamballe-Lison heurte un train de marchandises qui manœuvre en gare de Cérences. Nous sommes le 16 octobre 1932. Il y a 8 morts et 19 blessés.
  • Le 4 août 1974, le train Caen-Rennes approche de Dol de Bretagne, à une vitesse de 120 km/h au lieu des 40 km/h préconisés. Dans la courbe précédant la bifurcation et l’entrée en gare, le train déraille. L’accident fait 10 mort et 40 blessés. Une erreur humaine est à l’origine de cette catastrophe, le mécanicien n’étant pas en état de conduire ce train. Voir ce reportage de l’ORTF