Les mines de St Clair de Halouze

Le 08/04/1884, les Mines de Fer de St Rémy obtiennent la concession dite de Halouze. En 1888, un décret réunit les concessions de St Rémy et de St Clair de Halouze. Nouvelle cession à la société Larzac-Veiller en 1900.

La rétrocession à la Société des Aciéries de France, en 1905 permet le début de l’exploitation au puits N°1, au lieu-dit les Noës…

St Clair de Halouze – Puits n° 1

St Clair de Halouze - Puits n° 1
St Clair de Halouze – Puits n° 1

… suivi par l’ouverture du N° 2 en bordure du CD 217.

St Clair de Halouze - Puits n° 2
St Clair de Halouze – Puits n° 2

Au lieu-dit la Bocagerie, la SAF construit les fours de calcination du minerai.

Fours de calcination de la Bocagerie
Fours de calcination de la Bocagerie

Le transport du minerai…

Pour le transport du minerai des puits 1 et 2 vers les fourneaux, une voie de 630 mm est construite. Elle est prolongée vers la gare du Chatellier pour permettre l’expédition du produit fini.

Estacade en gare du Chatellier
Estacade en gare du Chatellier

La ligne est longue de 3.4 km, et est électrifiée en 500 V. La ligne est équipée en rail de 20 kg/m.

Les locomotives MJ6 Thomson-Houston, à 2 essieux pesant 8T et d’une puissance de 40 CV assurent la traction. Il y a aussi des FACEJ, Westinghouse et Vetra.

Thomson-Houston MJ6
Thomson-Houston MJ6

Dans un premier temps, les MJ6 et FACEJ assurent l’exploitation sur toute la ligne. A l’arrivée des Westinghouse, ces dernières reprennent le service entre les puits et le site de la Bocagerie. Les autres engins acheminent le grillé vers la gare du Chatellier.

La mine utilise des berlines à caisses en bois et des wagonnets basculants Decauville pour le transport du minerai.

En 1928, la Société des Forges et Aciéries de Chatillon-Neuves Maisons absorbe la Société des Aciéries de France. Le minerai de St Clair de Halouze se destine alors aux hauts-fourneaux d’Isbergues dans le Pas de Calais.

Pendant la deuxième guerre mondiale

La mobilisation et le conflit met l’exploitation de la mine à l’arrêt. Elle tourne au ralenti pendant l’occupation jusqu’au débarquement. Les pompes n’assurent plus leur mission et la mine est noyée. Il faut attendre mars 1945 pour qu’elle soit vidée.

La modernisation

A la fin des années 40, le site se modernise grâce aux dommages de guerre. Le puits 1 bis foncé entre 1929 et 1932 n’est achevé qu’après-guerre.

Puits 1bis - St Clair de Halouze - 1956
Puits 1bis – St Clair de Halouze – 1956

Pour équiper ce puits, la Société des Forges et Aciéries de Chatillon-Neuves Maisons obtient la récupération d’un certain nombre de matériels de la mine abandonnée de Huth dans le Siegerland allemand.

La liste comprend le chevalement, la machine d’extraction, la cage d’ascenseur et autres matériels.

Les installations ferroviaires après la modernisation …

Des locomotives électriques Siemens de 8 et 15 T, des wagonnets, des rails complètent la liste.

La voie de 630 mm passe à 760 mm entre les puits et la Bocagerie, soit 2.5 km en rails de 20 et 30 kg/m, toujours électrifiée en 500 V, et à voie normale de cette dernière à la gare.

Les locomotives Siemens sont utilisées pour la voie étroite, aidées par une Vetra, mise au bon écartement, pour la traction des trains de charbon.

Le minerai est transporté par des berlines basculantes à déchargement auto de 4 T. Le charbon est convoyé par des berlines non basculantes de 1.1 T.

De la Bocagerie à la gare du Chatellier, la ligne mesure 1.4 km sur rails de 46 kg/m. Deux locotracteurs Moyse 36 TDE de 36 T et de 185 ch assurent l’acheminement du minerai vers la gare.

Les fours de la Bocagerie…

Les premiers fours sont en pierre, et au nombre de 6…

St Clair de Halouze - Fours de la Bocagerie
St Clair de Halouze – Fours de la Bocagerie

A partir des années 20, les mines construisent de nouveaux fours à cuve métallique et briques réfractaires à l’intérieur. Leur nombre de 6 passe à 9, puis 11…

St Clair de Halouze - Fours de la Bocagerie
St Clair de Halouze – Fours de la Bocagerie

La calcination permet l’enrichissement du minerai en convertissant le carbonate de fer en oxyde de fer, et en éliminant un partie du soufre et autres composés non-ferreux. Brut, il contient entre 42 et 45% d’oxyde de fer, taux porté à 48/50% après calcination

Au fond de la mine ….

Au fond du puits 1, la voie utilise du rail de 9.5 kg/m et 20 kg/m, à l’écartement de 630 mm. La traction est animale jusqu’en 1945.

Dans le puits n° 2, la voie est électrifiée en 250 V. Des locomotives MF2 Thomson-Houston assure la traction. Une locomotive à accumulateurs SW type LW 1032B de 8 T et 20 ch vient renforcer le parc.

Après la modernisation, le puits 1bis s’équipe en rails de 30 kg/m, à l’écartement de 760 mm. Trois locomotives à accus Fenwick tractent des berlines de 1800 l, puis de 2000 l.

La population des cités minières…

Du fait d’une forte concurrence, les exploitations minières se développent rapidement, et nécessitent une main-d’œuvre importante, insuffisante au niveau local. Les compagnies font appel à du personnel d’autres régions ou étrangères.

Le village de St Clair de Halouze ne peut pas loger tous ces nouveaux arrivants. Dans l’esprit paternaliste des grands groupes hérité du 19e siècle, la Société des Aciéries de France lance un programme de construction de logements. 64 maisons, soit 190 logements, se bâtissent. Une maison, c’est 2 ou 4 logements.

Pour les célibataires, une cantine se construit. Elle assure le logis, la nourriture et la blanchisserie.

Origines des mineurs…

Les mineurs viennent de France (Aveyron, Bretagne) et de l’étranger (Espagne, Grèce, Italie, Pologne,…). Ainsi, la population de St Clair de Halouze passe de 519 habitants en 1901 à 1274 dix ans plus tard.

La répartition des ouvriers émigrés se répartit comme ceci:

  • 1906–>1919: 1127 espagnols, 218 italiens, 248 grecs et 48 autres de différentes nationalités
  • 1920–>1931: 210 espagnols, 193 italiens, 398 polonais, 169 russes, 12 grecs, 45 chinois et 153 autres de différentes nationalités
  • 1932–>1950: 34 espagnols, 33 italiens, 41 polonais, 1 grec, 5 russes et 11 de différentes nationalités

Sachant que cette population pouvait rester de quelques jours à plusieurs années, et certains restèrent définitivement.

Sortie de mineurs - St Clair de Halouze
Sortie de mineurs – St Clair de Halouze

Le développement du village …

Les cités sont aussi proches que possible des centres d’extractions. Et restent en quelque sorte isolées du village existant. L’intégration des mineurs reste minime. Suite à leurs demandes, la compagnie met en place une société coopérative. Les cités d’Halouze ont leur salle des fêtes.

La présence de la mine favorise le développement de la commune de St Clair de Halouze, voire du Chatellier. Ainsi que la création d’un bureau de poste, l’augmentation de l’effectif de gendarmerie, et plus tard la construction d’un groupe scolaire le démontrent. Pour Le Chatellier, la halte devint gare à part entière.

La plan d’urbanisme des cités est simple: géométrique avec des rues qui se coupent à angle droit.

L’électricité arrive assez tardivement: 1938 pour la cité du puits 2 et 1951 pour celle de la Bocagerie. Et c’est encore plus tard pour l’eau courante: courant des années 60.

La fin…

La mine ferme ses portes le 14 décembre 1978. Une centaine de mineurs quitte la mine au 31 décembre de la même année. Les 28 restants sont définitivement licenciés ou mis à la retraite anticipée au cours de l’année suivante..

En 1985, Usinor renonce à la concession des mines de St Clair de Halouze. C’est définitivement terminé.

Sources

  • Chemin de Fer Régionaux et Urbains n° 215 – V-1989
  • Le chevalement de St Clair de Halouze – Du Siegerland allemand au bocage normand – Le savoir & le fer
  • Les cités minières dans l’entre-deux-guerres: le cadre principal des sociabilités minières – Didier Savary – Annales de Normandie
  • PV des sessions du Conseil Général de l’Orne